BOTHSIDESOFTHEGUN

" L'ODEUR DE L'EAU " J' AD "EAU"RE !

                                

 

 

Salah Stétié occupe une place considérable dans la poésie contemporaine de langue française.
Cet écrivain franco-libanais, né à Beyrouth en 1929, est l'une de ces voix nécessaires où beaucoup écoutent l'interrogation insistante du sens de leur présence au monde. C'est cette interrogation toujours accrochée à la nature du plus simple vécu qui fait la singularité de la poésie de
Stétié, son lyrisme étrangement déployé qui couvre tout à la fois les émotions et les questionnements, les esquisses de réponse et les reprises, les " allusions instigatrices " et les hautes retenues.

 

La paix, je la demande à ceux qui peuvent la donner
Comme si elle était leur propriété, leur chose
Elle qui n'est pas colombe, qui n'est pas tourterelle à nous ravir,
Mais simple objet du cœur régulier,
Mots partagés et partageables entre les hommes
Pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie
La pluie dans le regard de ceux qui s'aiment

 

 

La haine. La haine.
Ceux qui sont les maîtres de la paix sont aussi
      les maîtres de la haine
Petits seigneurs, grands seigneurs, grandes haines toujours.
L'acier est là qui est le métal gris-bleu
L'atome est là dont on fait mieux que ces compotes
Qu'on mange au petit déjeuner
Avec du beurre et des croissants

 

 

Les maîtres de la guerre et de la paix
Habitent au-dessus des nuages dans des himalayas,
      des tours bancaires
Quelquefois ils nous voient, mais le plus souvent
      c'est leur haine qui regarde :
Elle a les lunettes noires que l'on sait


Que veulent-ils ? Laisser leur nom dans l'Histoire
À côté des Alexandre, des Cyrus, des Napoléon,
Hitler ne leur est pas étranger quoi qu'ils en disent :
Après tout, les hommes c'est fait pour mourir
Ou, à défaut, pour qu'on les tue 


Eux, à leur façon, qui est la bonne, sont les serviteurs d'un ordre
Le désordre, c'est l'affaire des chiens – les hommes, c'est civilisé
Alors à coups de bottes, à coups de canons et de bombes,
Remettons l'ordre partout où la vie
A failli, à coups de marguerites, le détraquer

 

 

À coups de marguerites et de doigts enlacés, de saveur de lumière,
Ce long silence qui s'installe sur les choses, sur chaque objet,
      sur la peau heureuse des lèvres,
Quand tout semble couler de source comme rivière
Dans un monde qui n'est pas bloqué, qui est même un peu ivre,
      qui va et vient, et qui respire…


Ô monde… Avec la beauté de tes mers,
Tes latitudes, tes longitudes, tes continents
Tes hommes noirs, tes hommes blancs, tes hommes rouges,
      tes hommes jaunes, tes hommes bleus
Et la splendeur vivace de tes femmes pleines d'yeux et de seins,
      d'ombres délicieuses et de jambes
Ô monde, avec tant de neige à tes sommets et tant de fruits
      dans tes vallées et dans tes plaines
Tant de blé, tant de riz précieux, si seulement on voulait
      laisser faire Gaïa la généreuse
Tant d'enfants, tant d'enfants et, pour des millions
      d'entre eux, tant de mouches
Ô monde, si tu voulais seulement épouiller le crâne chauve
      de ces pouilleux, ces dépouilleurs
Et leur glisser à l'oreille, comme dictée de libellule,
      un peu de ta si vieille sagesse

 

 

La paix, je la demande à tous ceux qui peuvent la donner
Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes
      violents et froids
Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore
      des souvenirs d'enfance, une mère aimée,
      un très vieux disque qu'ils ont écouté jadis
      longtemps, longtemps


Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux
      avec un bouquet de violettes !
Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée
L'odeur de l'eau et les fumées de l'aube sur la lune

s. stétié , poète libanais



05/07/2007
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